Port-Leucate : le calvaire d’une fillette de 13 ans, retenue captive pendant deux ans
En novembre 2024, une perquisition dans un appartement de Port-Leucate a permis de libérer une adolescente de 13 ans, d’origine philippine, qui vivait recluse dans une pièce sans fenêtre depuis son arrivée en France. L’enfant, gravement affaiblie, n’avait jamais été scolarisée ni suivie médicalement.
C’est une scène glaçante qu’ont découverte les gendarmes lors d’une perquisition menée en novembre 2024 à Port-Leucate, dans l’Aude. Au cœur d’un immeuble résidentiel, dans un appartement qui n’avait rien de particulier, ils ont trouvé une enfant de 13 ans originaire des Philippines, enfermée dans une minuscule chambre privée de lumière naturelle. La jeune fille, très affaiblie, n’aurait pratiquement jamais mis un pied dehors depuis son arrivée en France.
Une adolescente coupée du monde

Quand les forces de l’ordre ont franchi la porte de Guy C., 59 ans, elles sont tombées sur une chambre exiguë, plongée dans l’obscurité, sans la moindre ouverture. La jeune fille y était seule, visiblement sous-alimentée, silencieuse, et incapable de parler français malgré un séjour qui durerait depuis près de deux ans.
D’après les premières informations, elle n’a jamais été inscrite à l’école ni vue par un médecin, et très peu de personnes extérieures l’auraient aperçue pendant tout ce temps.
Une reconnaissance de paternité contestée
L’homme se présente comme le père de l’enfant. Il assure l’avoir reconnue officiellement aux Philippines en 2018, via une procédure notariale ensuite homologuée par les autorités consulaires françaises.
Cette reconnaissance lui aurait permis d’obtenir des papiers officiels et de faire venir la fillette en France. Mais les enquêteurs doutent de la réalité du lien biologique et s’interrogent sur les circonstances dans lesquelles cette filiation a été établie.
Dans l’appartement, rien ne ressemble à une vie de famille normale. L’enfant semble totalement coupée du monde extérieur.
Une enquête qui prend de l’ampleur
Très vite, les investigations montrent que cette jeune fille ne serait pas la seule mineure concernée. Des voisins mentionnent la présence d’une autre enfant dans l’immeuble.
Guy C. évoque alors un second mineur et désigne un homme de son entourage, Jérémy M., installé dans les Bouches-du-Rhône. Selon les enquêteurs, ce dernier aurait aussi procédé à des reconnaissances de paternité à l’étranger, facilitant les déplacements d’enfants entre l’Asie et l’Europe.
Les autorités tentent aujourd’hui de mesurer l’étendue exacte de ces mouvements et de retrouver d’éventuels autres enfants concernés.
Une affaire née d’une autre enquête
À l’origine, les gendarmes intervenaient dans le cadre d’une affaire de contenus pédopornographiques, découverts après une erreur de restitution d’un support informatique en 2023.
Cette piste les a conduits directement au domicile de Guy C. et a ouvert un dossier bien plus vaste que prévu, impliquant potentiellement plusieurs personnes et plusieurs pays.
Des soupçons de traite et d’exploitation
Au fil de l’enquête, les magistrats ont élargi les charges retenues : séquestration de mineur, traite d’êtres humains et viols aggravés.
Les enquêteurs suspectent un système organisé autour de faux liens de parenté et de déplacements d’enfants entre différents pays, mais ces éléments restent à confirmer dans le cadre de l’instruction.
Une procédure toujours en cours
Les deux hommes mis en cause contestent toutes les accusations et restent présumés innocents.
L’enquête se poursuit désormais à l’échelle internationale pour retracer le parcours des enfants évoqués et vérifier les conditions exactes des reconnaissances de paternité.
La jeune fille retrouvée à Port-Leucate a, elle, été prise en charge par les services compétents, tandis que la justice tente encore de reconstituer les pièces d’un dossier particulièrement complexe.
