Johannesburg : douze femmes assassinées en quelques semaines, une affaire qui sème la terreur
Depuis cet été, une région d'Afrique du Sud vit sous une tension insupportable. Douze femmes ont été retrouvées sans vie en l'espace de quelques semaines seulement. Leurs proches sont dévastés, la population est en état d'alerte et les enquêteurs avancent prudemment. Une affaire glaçante qui met en lumière des dysfonctionnements profonds au sein du système judiciaire sud-africain.
Une région plongée dans l’effroi depuis l’été
Tout a débuté en juillet. Les découvertes macabres s’enchaînent les unes après les autres — dans des champs, en bordure de route ou à proximité d’une rivière locale. Douze victimes recensées en l’espace de quelques semaines à peine. Parmi elles, Elizabeth Moselakgomo, partie faire son jogging un matin et jamais rentrée chez elle, mais aussi Dineo Motapane, 38 ans, Itumeleng Kekana, 32 ans, Gracious Nkomo, 28 ans, et Jabulile Ntimba.

Les corps ont tous été découverts aux abords de l’aéroport international O.R. Tambo, un carrefour névralgique accueillant chaque année des centaines de milliers de voyageurs internationaux. La police locale n’a pas officiellement confirmé la thèse d’un tueur en série, mais a reconnu que « les similitudes sont suffisamment préoccupantes » pour alerter la population. Les femmes ont été fortement encouragées à éviter tout déplacement solitaire.
Les avertissements d’un spécialiste des crimes en série

Paul O’Sullivan est une figure incontournable dans ce domaine. Cet ancien enquêteur spécialisé dans les crimes en série a notamment joué un rôle décisif dans l’arrestation du sinistre « Wemmer Pan Killer », auteur de 27 meurtres à Johannesburg dans les années 90. Son regard sur la situation actuelle est particulièrement tranché.
À son sens, la police commet une erreur tactique en gardant sous silence le mode opératoire du suspect. « L’une des méthodes les plus efficaces pour identifier un tueur en série, c’est de rendre publique sa façon d’opérer », souligne-t-il. Cette ouverture permettrait d’informer utilement la population tout en signalant au suspect que les enquêteurs remontent sa piste.
Un système judiciaire à bout de souffle

Derrière cette tragédie se dessine une réalité bien plus sombre. Tegan Snyman, représentante d’Amnesty International Afrique du Sud, évoque une défiance profonde envers les forces de l’ordre : erreurs de procédure, collecte de preuves insuffisante, témoignages mal exploités… Les lacunes sont multiples et documentées.

Juanita du Preez, directrice de l’Action Society, livre un chiffre accablant : en Afrique du Sud, une affaire criminelle nécessite en moyenne trois ans et demi avant d’aboutir à un verdict. Et une fois condamnés, les auteurs bénéficient fréquemment de remises en liberté anticipées, entretenant un cercle vicieux difficile à enrayer.
Pourtant, Tegan Snyman refuse de baisser les bras : l’attention médiatique entourant cette affaire pourrait contraindre les autorités à traiter ce dossier avec la sérieux qu’il exige. « J’espère que les familles obtiendront justice », confie-t-elle, avec une émotion sincère et lucide.
Quand la lumière médiatique devient le dernier rempart pour que justice soit rendue.
