IPP et cancer : ces médicaments contre l’acidité pourraient nuire à votre traitement oncologique

Publié le 9 octobre 2026
IPP et cancer : ces médicaments contre l'acidité pourraient nuire à votre traitement oncologique

On les avale sans trop y penser, pour calmer les brûlures d'estomac ou un reflux tenace. Les inhibiteurs de la pompe à protons font partie du quotidien de millions de Français. Mais une étude publiée en 2024 soulève une question troublante : et si ces comprimés si courants compromettaient l'efficacité des traitements contre le cancer ? Voici ce que la recherche révèle, et surtout ce qu'il faut faire.

Des médicaments du quotidien, omniprésents dans les ordonnances

Les inhibiteurs de la pompe à protons — plus connus sous l’acronyme IPP — figurent parmi les traitements les plus fréquemment délivrés en pharmacie en France. En 2019, on recensait 16 millions de prescriptions. Des molécules comme l’oméprazole, le lansoprazole ou l’ésoméprazole sont devenues presque banales. Prescrits contre le reflux gastro-œsophagien, les ulcères ou les inconforts digestifs, ces médicaments sont réputés efficaces, bien supportés et faciles d’accès.

Là où les choses se compliquent, c’est que ces mêmes IPP sont régulièrement intégrés aux ordonnances de patients en traitement oncologique, pour limiter les effets digestifs indésirables de la chimiothérapie. Une démarche qui paraît logique… mais qui commence à interroger sérieusement les spécialistes.

Ce qu’un oncologue français a découvert en creusant la question

Le professeur Jean-Luc Raoul, oncologue médical exerçant à Saint-Herblain, a conduit une étude prospective dont les résultats ont été publiés en juillet 2024. Sa conclusion est directe : *« Il y a un fort risque de diminution de l’efficacité de plusieurs traitements anticancer et donc un impact sur la survie des patients. »*

Ses observations montrent que plus d’un patient sur quatre suivant un traitement contre le cancer consommait simultanément des IPP. Ces médicaments agiraient sur deux tableaux distincts : d’un côté, ils freineraient l’absorption de certaines thérapies ciblées — notamment les inhibiteurs de la tyrosine kinase prescrits dans les cancers du poumon — et de l’autre, ils perturberaient l’équilibre du microbiote intestinal, affaiblissant ainsi la réponse immunitaire sollicitée par l’immunothérapie.

*« Ces médicaments peuvent non seulement limiter une bonne absorption du traitement anticancéreux mais aussi modifier le microbiote intestinal, lequel interagit avec l’immunité anticancéreuse »*, précise le spécialiste.

Doit-on stopper ces médicaments immédiatement ?

Absolument pas, et c’est un point crucial à retenir. Le professeur Raoul ne plaide pas pour une interruption soudaine des IPP. Il insiste avant tout sur la nécessité d’une vraie conversation entre le patient et son médecin.

Des solutions de remplacement existent et méritent d’être discutées : les antiacides traditionnels tels que le Gaviscon, ou les antagonistes des récepteurs H2, sont certes moins puissants, mais présentent un risque d’interaction nettement réduit avec les traitements oncologiques. *« Des médicaments, certes moins efficaces mais avec peu de risque d’interaction existent »*, confirme-t-il.

L’objectif est clair : ajuster chaque prescription pour concilier confort digestif et pleine efficacité du traitement anticancéreux. Une vaste étude rétrospective est actuellement en préparation pour approfondir ces résultats à l’échelle du territoire.

Si vous êtes concernée, ou si un proche l’est, ne tardez pas : évoquez ce sujet lors de votre prochaine consultation avec votre médecin ou oncologue.

La santé, c’est aussi savoir poser les bonnes questions au bon moment.