Abstinence masculine : pourquoi le mouvement féministe 4B, qui refuse toute relation avec les hommes, enflamme la toile

Publié le 21 juin 2026

Elles disent non au sexe, non aux rendez-vous galants, non au mariage et non à la maternité. Ce boycott radical des hommes, né en Corée du Sud sous le nom de Mouvement 4B, connaît une résurgence spectaculaire aux États-Unis après la réélection de Donald Trump. Entre cri de révolte contre les violences sexistes et stratégie de survie émotionnelle, ce phénomène suscite un débat passionné.

Derrière le hashtag viral qui déferle sur les réseaux sociaux, le Mouvement 4B impose une ligne dure : aucune intimité, aucune romance, aucune union légale et aucune grossesse. Né en Corée du Sud comme une réponse aux inégalités structurelles et aux agressions sexuelles, il séduit aujourd’hui des milliers de femmes aux États-Unis, bien décidées à tourner le dos à ce qu’elles considèrent comme le patriarcat. Mais d’où vient exactement cette vague de séparatisme amoureux ?

Abstinence masculine : pourquoi le mouvement féministe 4B, qui refuse toute relation avec les hommes, enflamme la toile

Les racines sud-coréennes d’une colère féminine

En Corée du Sud, les femmes subissent un système profondément inégalitaire. Selon les données de l’OCDE, elles perçoivent en moyenne 29 % de salaire en moins que leurs homologues masculins. À la maison, elles assurent 3,5 fois plus de tâches domestiques. À ces injustices économiques et domestiques s’ajoute une recrudescence des violences sexuelles et des cybercrimes, notamment le tristement célèbre phénomène des « spycam crimes » – ces caméras cachées installées dans les toilettes publiques ou les vestiaires pour filmer les femmes à leur insu.

Face à ce quotidien oppressant, une partie des Sud-Coréennes a opté pour une solution radicale : couper tout lien amoureux ou sexuel avec les hommes. Le nom 4B provient de quatre interdits dont les termes coréens commencent par le son « Bi » : Bisekeu (pas de rapports sexuels), Biyeonae (pas de relations amoureuses), Bihon (pas de mariage) et Bichulsan (pas d’enfants). « Ce mouvement permet d’être un être humain à part entière, et pas seulement un être réservé aux hommes ou aux enfants », explique Baek Ga-eul, militante féministe sud-coréenne.

Abstinence masculine : pourquoi le mouvement féministe 4B, qui refuse toute relation avec les hommes, enflamme la toile

L’élection de Trump, détonateur américain du phénomène

Si le 4B est resté longtemps une spécificité asiatique, il a connu un bond spectaculaire outre-Atlantique après la victoire de Donald Trump en 2024. Ce scrutin a ravivé les inquiétudes sur les droits des femmes, en particulier l’accès à la santé reproductive et l’égalité des genres. Pour de nombreuses Américaines, ce résultat électoral incarne un recul liberticide. Sur les réseaux sociaux, la frustration explose. Un message devenu viral sur X (anciennement Twitter) résume l’état d’esprit ambiant : « C’est le moment parfait pour que la solitude des hommes devienne une épidémie, puisqu’ils détestent tellement les femmes. »

Les conséquences sont immédiates et mesurables : le mot-clé « 4B » s’est hissé en tête des tendances Google aux États-Unis. Parallèlement, des centaines de vidéos TikTok cumulent des millions de vues, montrant des femmes se rasant le crâne en signe de libération ou encourageant la pose de stérilets pour éviter toute grossesse non désirée. Le boycott n’est plus seulement un concept théorique : il devient un geste concret, partagé et amplifié par la viralité numérique.

Boycott des hommes : geste libérateur ou impasse politique ?

Ce mouvement, aussi spectaculaire soit-il, divise profondément. D’un côté, ses adeptes y voient une émancipation salutaire : échapper à la pression sociale du couple et de la maternité, se recentrer sur soi-même et refuser d’être perçue comme un objet au service des hommes. De l’autre côté, des critiques dénoncent une séparation stérile entre les sexes, qui, selon elles, ne s’attaque pas aux racines des inégalités systémiques. Le débat reste ouvert.

Un symptôme plus qu’une solution ?

Si le Mouvement 4B demeure encore marginal dans la population générale, son explosion médiatique témoigne d’un malaise bien réel. Il cristallise la colère et la lassitude de nombreuses femmes face à des structures patriarcales jugées archaïques. Boycotter les hommes est-il une solution viable pour faire évoluer la société, ou simplement le reflet d’une défiance qui ne cesse de s’approfondir ? Une certitude demeure : ce mouvement radical ne laisse personne indifférent et force un débat nécessaire sur les rapports de genre.